— Le clown
Qu'est-ce que le clown ?
Le clown n'est pas un costume. Ce n'est pas un nez rouge qu'on met et qu'on enlève. Le clown, c'est une posture intérieure — une façon d'être au monde qui accepte l'échec, la maladresse, le décalage, comme des forces et non comme des défauts.
Le clown est celui qui rate — et qui, dans ce ratage, révèle quelque chose de plus vrai que la réussite. Il est du côté du peuple, des oubliés, des sans-voix. Il dit ce que les autres n'osent pas. Il fait rire là où ça fait mal.
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— Le clown blanc & l'Auguste
Deux visages
d'une même vérité
Au cirque, ils sont deux. Face à face. Complémentaires et opposés.
Le clown blanc est l'autorité. Élégant, maîtrisé, le visage entièrement blanchi. Il donne les ordres, fixe les règles, incarne ce que le monde attend de nous — la tenue, la réussite, la bonne conduite.
L'Auguste est son contraire. Le rouge, le chaos, le maladroit. C'est lui qui reçoit les tartes, qui trébuche, qui rate tout — et qui fait rire. Pas malgré ses échecs, mais grâce à eux. L'Auguste est la victime consentante d'un monde trop sérieux. Et dans ce ratage assumé, il dit une vérité que le clown blanc ne peut pas dire.
Entre les deux, une tension permanente. Une danse. Le pouvoir contre la liberté. La norme contre le vivant.
Et puis il y a le clown de caractère — le vagabond, le clochard, l'excentrique. Celui qui n'appartient ni à l'un ni à l'autre. Qui a choisi un personnage et s'y tient, avec toute son humanité dedans.
— Le gag, l'entrée, le sketch
Quand le clown
entre en scène
Le clown ne fait pas n'importe quoi. Ce qui ressemble au chaos est en réalité minutieusement construit.
Dans le monde du cirque, on appelle ça un gag. En Europe, une entrée. Les amateurs parlent de sketch ou de skit. Peu importe le mot — derrière, il y a un début, un milieu, et une fin. Toujours.
Le gag peut se jouer sur la piste, dans la salle, en déambulant parmi le public. En solo, à deux, ou avec des spectateurs qui ne savent pas encore qu'ils vont monter. Avec des accessoires truqués, des objets qui explosent, des pantalons qui tombent au mauvais moment — ou plutôt au bon.
Car c'est ça le secret du clown : il rate au bon moment. Le seau d'eau qui éclabousse, les confettis qui volent partout, la chemise qui lâche — tout ça est écrit, répété, perfectionné. Le désordre est une œuvre.
— Les grands noms
La lignée des
clowns légendaires
Perfecto s'inscrit dans une longue lignée. Ceux qui ont porté le nez rouge avant lui et qui ont tout changé.
Grock
Le plus grand clown européen du XXe siècle. Musicien, acrobate, poète du ratage.
Charlie Chaplin
Le vagabond. Le plus grand de tous. Le clown qui a fait pleurer le monde entier.
Les Fratellini
La famille légendaire du cirque français. Trois frères, trois styles, une même folie.
Buster Keaton
Le visage de pierre. L'homme qui ne rit jamais — et qui fait rire tout le monde.
Oleg Popov
Le clown du soleil. Légende soviétique qui a traversé les frontières par le rire.
Annie Fratellini
Grande dame du clown français. Elle a ouvert la voie aux femmes dans cet art.
Jacques Tati
Le clown français du cinéma. Monsieur Hulot — maladroit, tendre, universel.
Charlie Rivel
L'Auguste espagnol par excellence. Un seul mot, un seul geste — et la salle s'effondre.
Pierre Étaix
Clown et cinéaste français. L'élégance du ratage portée à son plus haut niveau.
— Perfecto
Un clown dyslexique,
bègue, vivant
Perfecto est mon clown. Il est né de ma propre dyslexie, de ma façon de voir les mots autrement. Ses déraillements ne sont pas des erreurs — ils sont une autre façon de voir.
Cormoran / cor / corps.
Pays sage / paysage.
Chaîne de vélo / chaîne d'esclaves. »
Perfecto incarne la colère et l'impuissance de ceux à qui on n'a jamais laissé la parole. Il porte l'histoire de mon père, parti de Guadeloupe en 1931 avec une valise qui était vide à sa mort.